Monochrome

TIMOTHEE TALARD

2015-06-09 - 2015-07-09

LE MONOCHROME, OU LA POURSUITE DE L’AVENTURE


Il serait absurde d’investir une partie de l’œuvre d’un artiste en l’isolant de la création qui l’a précédée. Timothée Talard semble appartenir à ces grands arbres qui prolifèrent de branches en branches n’hésitant pas à enraciner à nouveau ses nouvelles pousses dans la terre pour en cueillir résolument des fruits nouveaux. Voir la série des monochromes comme un identifiant de l’œuvre de Talard serait un non sens car ça ne pourrait exprimer, et encore moins résumer son travail. Le monochrome, lui, se résume par le parti-pris d’une surface unifiée, une sorte de radicalisation de l’espace plastique par la couleur ou la matière. Ce qui se joue alors sur la toile est à voir « simplement » en face à face. Nulle narration ne vient piloter le regard. Cette série des monochromes semble couper toute relation avec les œuvres précédentes qui émergeaient des images de la culture gay, urbaine, trasch, qui, elles, développent du « raconté »... Nous serions, avec les monochromes, dans un silence à la fois plastique et méditatif. Devant nous, de nombreux tableaux se suivent qui ne diffèrent que par leur chromie singulière. Le spectateur pense avoir devant lui une gamme étalonnée de couleurs qui se succèdent. En réalité, la rencontre visuelle et physique avec les tableaux ménage des surprises. Ce que l’on croyait saisir au premier regard nous échappe lorsqu’on se déplace devant les toiles. Ce rectangle rose qui semblait unifié se transforme au gré de notre déambulation vers un vert inattendu ! Il en est de même avec ce bleu qui se transforme doucement en rouge, sans heurt, et sans qu’on puisse saisir où se situerait le passage infra mince à l’autre couleur. Nous ne sommes plus le sujet dominant, nous sommes l’objet de cette transformation devant nos yeux. Nous sommes le spectateur médusé de cette apparition-disparition, comme le rappellent les irisations des peintures de la série « Un arc en ciel dans la nuit ». Ces irisations produites par les hydrocarbures utilisés pour peindre renvoient à la notion de lumière, de flamme, de feu. Mais rien ne vient par hasard, et l’on pourra trouver des liens évidents avec des œuvres précédentes, comme les séries « Par le feu », « immolation », « Centrale 1,2,3 », et, bien sûr, « pétrole », « Offshore », ou « Flamme 1, 2, 3 ». On pourrait proposer que ces premières œuvres se prolongent dans les monochromes en incorporant les signifiants feu, flamme, Offshore, pétrole, dans la précipitation chimique des hydrocarbures pour en chercher leur résolution sémantique dans la couleur en déplacement.

Bernard Muntaner